Un tribunal cambodgien a condamné six ressortissants chinois à la réclusion criminelle à perpétuité pour torture et meurtre d’un étudiant sud-coréen impliqué dans un centre d’escroquerie. L’annonce a été faite mercredi 27 mai 2026 par un porte-parole judiciaire.


Le tribunal provincial de Kampot a reconnu les six accusés coupables de torture, de meurtre et de fraude aggravée, selon un communiqué officiel.
D’après un rapport d’autopsie publié en novembre 2025 par les autorités sud-coréennes, la victime, âgée de 22 ans, est décédée à la suite de traumatismes provoqués par des coups répétés et des actes de torture.
Une affaire à l’origine de tensions diplomatiques
La mort de l’étudiant, survenue en août 2025, a suscité une vive réaction à Séoul. Les autorités sud-coréennes ont instauré des restrictions de voyage visant certaines zones du Cambodge, adopté des sanctions et engagé des actions conjointes pour lutter contre les réseaux d’escroquerie.
Ce drame a également provoqué une forte émotion au sein de la diaspora coréenne et a accéléré les discussions bilatérales sur la coopération sécuritaire.
Une coopération renforcée contre les réseaux criminels
Dans ce contexte, Phnom Penh et Séoul ont décidé de renforcer leur collaboration. En marge du 26e sommet ASEAN–Corée du Sud, organisé le 27 octobre 2025 en Malaisie, le Premier ministre Hun Manet et le président Lee Jae Myung ont conclu un accord visant à intensifier la coopération policière.
Dès novembre 2025, une task force conjointe a été mise en place pour cibler les réseaux de criminalité transnationale, avec une attention particulière portée aux escroqueries en ligne visant des ressortissants sud-coréens.
Une nouvelle loi pour durcir la répression
Dans le prolongement de ces efforts, l’Assemblée nationale cambodgienne a adopté, le 31 mars 2026, un projet de loi visant à renforcer la lutte contre les escroqueries en ligne. Le texte a été approuvé à l’unanimité par les 112 députés présents.
Cette législation prévoit un durcissement significatif des sanctions. Les chefs d’opérations encourent des peines de 15 à 30 ans de prison, voire la réclusion à perpétuité si leurs activités ont entraîné des décès.
Les responsables de centres d’escroquerie risquent de cinq à dix ans d’emprisonnement et une amende pouvant atteindre un milliard de riels (environ 250 000 dollars). Les peines peuvent être portées à dix à vingt ans de prison et deux milliards de riels d’amende (environ 500 000 dollars) en cas de violences, torture, détention illégale, traite d’êtres humains ou travail forcé. Les personnes directement impliquées dans ces activités s’exposent à des peines de deux à cinq ans de prison, accompagnées d’une amende pouvant atteindre 500 millions de riels (environ 125 000 dollars).
Une offensive nationale et régionale
Cette réforme s’inscrit dans une campagne plus large menée par les autorités cambodgiennes pour démanteler les réseaux criminels. Le pays s’est fixé pour objectif d’éradiquer les centres d’escroquerie en ligne.
Selon Sar Sokha, vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, plus de 30 000 ressortissants étrangers soupçonnés d’implication ont été expulsés en 2025. Plus de 210 000 autres personnes ont quitté le territoire volontairement depuis le lancement des opérations de répression en juin 2025.
L’Asie du Sud-Est, foyer du cybercrime organisé
Depuis plusieurs années, l’Asie du Sud-Est s’impose comme un centre majeur du cybercrime. Des complexes, souvent contrôlés par des organisations criminelles chinoises, se sont multipliés au Cambodge, au Laos, aux Philippines ainsi que dans certaines zones frontalières birmano-thaïlandaises.
Ces structures sont accusées d’exploiter des travailleurs, parfois victimes de traite, et d’avoir détourné des milliards de dollars auprès de victimes à l’échelle mondiale.
Selon les Nations unies, des centaines de milliers de personnes ont travaillé dans ces centres, certaines attirées par de fausses promesses d’emploi, d’autres contraintes sous la menace de violences.
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